Vous venez de valider un virement parce qu’une voix, très sûre d’elle, vous a parlé d’un « piratage en cours ». Le numéro affiché sur votre écran était celui de votre banque. Maintenant que l’appel est terminé, un doute s’installe, et il est fondé. Chaque minute compte, car l’argent d’un faux conseiller bancaire ne reste jamais longtemps sur le compte où il atterrit.
Dans l’heure : appeler sa banque pour bloquer le virement
Raccrochez, respirez, puis agissez dans cet ordre. Appelez votre banque avec le numéro figurant au dos de votre carte, sur votre relevé ou sur le site officiel, jamais en rappelant le numéro de votre téléphone. Le faux conseiller peut encore vous tenir en ligne ou vous renvoyer un faux interlocuteur.
- Dites clairement : « Je suis victime d’une fraude au faux conseiller, j’ai validé un virement il y a X minutes. »
- Demandez le blocage de l’opération si elle est encore en attente, puis une demande de rappel de fonds.
- Faites opposition sur votre carte et sur les accès à votre banque en ligne si vous avez communiqué des identifiants, un numéro de carte ou un code de validation.
- Changez votre mot de passe et vérifiez les appareils autorisés à valider vos opérations.
- Notez l’heure de l’appel, le nom de votre interlocuteur et la référence du dossier ouvert.
Si vous n’arrivez pas à joindre un conseiller, utilisez le numéro d’opposition de votre établissement, souvent ouvert 24 h sur 24. Pour une carte, le serveur interbancaire d’opposition (0 892 705 705) reste une solution de repli. Pendant ces échanges, ne communiquez aucun code ni aucune donnée supplémentaire à qui que ce soit qui vous rappellerait de votre côté.
Demander le rappel des fonds et contacter la banque du bénéficiaire
Le virement instantané a une particularité qui explique le malaise de nombreuses victimes : une fois validé, il est exécuté en quelques secondes et ne peut plus être annulé par vous. Votre banque peut seulement envoyer une demande de rappel de fonds à la banque du bénéficiaire, qui décide ou non de bloquer la somme si elle est encore disponible.
Cette démarche n’est donc jamais une garantie, mais elle marche parfois. Les fraudeurs vident très vite les comptes de réception, souvent des comptes de complices ouverts à l’aide de faux papiers. Si l’argent n’a pas encore bougé, la banque du bénéficiaire peut le geler. Insistez pour que la demande parte tout de suite, et demandez une confirmation écrite de son envoi.
Le même réflexe s’applique à un faux ordre de virement classique, ce que l’on appelle aussi la fraude FOVI. Le virement SEPA standard laisse parfois un peu plus de marge qu’un virement instantané, à condition d’avertir la banque avant l’exécution.
Déposer plainte et signaler la fraude

Rendez-vous dans les 24 à 48 heures au commissariat ou à la gendarmerie pour un dépôt de plainte. Ce document est quasi indispensable pour la suite : votre banque le réclamera pour traiter votre dossier d’escroquerie, et il servira aussi à l’enquête. Emportez une pièce d’identité, vos relevés, et tout ce qui prouve l’appel.
Avant de partir, rassemblez les preuves. Elles disparaissent vite si on tarde.
- Captures d’écran du journal d’appels, avec le numéro affiché et l’heure.
- SMS, e-mails et notifications d’application reçus avant, pendant et après l’appel.
- Historique du virement avec le montant, l’IBAN du bénéficiaire et l’horodatage.
- Un récit écrit, daté, de ce que le faux interlocuteur a dit, pendant que votre mémoire est fraîche.
Signalez aussi les faits sur la plateforme Info Escroqueries (0 805 805 817, gratuit) ou sur le portail de Cybermalveillance. Si le piège a commencé par un SMS ou un message de hameçonnage, transférez-le au 33700 ou sur Signal Spam, et apprenez à reconnaître les faux messages de colis ou d’administration. Ces signalements n’ouvrent pas de remboursement, mais ils aident à faire fermer les numéros et les comptes utilisés.
Remboursement : ce que dit la loi et quelles preuves conserver
Le texte de référence est l’article L133-18 du Code monétaire et financier. Pour une opération non autorisée, votre banque doit vous rembourser immédiatement, au plus tard à la fin du jour ouvré suivant, sauf soupçon de fraude de votre part. Vous disposez de 13 mois pour contester, mais attendre tout ce temps serait une erreur : signalez dès les premières heures et confirmez par écrit.
Le piège, dans le cas du faux conseiller, est que vous avez validé vous-même l’opération avec une authentification forte. Les banques soutiennent alors souvent que le virement était autorisé et refusent le remboursement, en invoquant une négligence grave de votre part. Ce refus n’est pas définitif : c’est à la banque de prouver cette négligence, et la validation du virement ne suffit pas à elle seule.
Négligence grave : ce qui pèse dans la balance
Les juges regardent le contexte : numéro de la banque réellement affiché grâce au spoofing, détails personnels exacts cités par l’escroc, urgence et pression constantes, vocabulaire crédible (« sécurisation du compte », « annulation d’une fraude »). Tout ce qui montre que vous avez été manipulé, et non imprudent, joue en votre faveur. Documentez-le dans votre plainte et dans votre courrier à la banque.
Si la banque refuse, demandez sa décision par écrit, avec les motifs. Déposez une réclamation formelle auprès du service client, puis, sans réponse satisfaisante, saisissez le médiateur bancaire dont les coordonnées figurent dans vos conditions générales. Une association de consommateurs ou un avocat spécialisé peut vous aider si la somme est importante.
Se méfier des arnaques de récupération qui suivent

Une fois la fraude connue, vous devenez une cible de choix. Quelques jours plus tard, un prétendu « cabinet de recouvrement », un faux avocat ou un faux policier vous contacte et promet de récupérer vos fonds contre des frais d’avance. C’est un second piège, souvent monté à partir des fichiers des victimes.
Aucun organisme sérieux ne vous demande de payer pour retrouver une somme volée, ni de lui communiquer vos accès bancaires. Votre banque et les forces de l’ordre n’exigeront jamais de code ni de nouveau virement. En cas de rappel suspect, ne répondez pas, notez le numéro, et prévenez directement votre conseiller par ses canaux habituels.
Enfin, parlez-en à vos proches. La honte est le meilleur allié des escrocs, alors que ce type de fraude touche des personnes prudentes, qui ont simplement été piégées par un scénario bien rodé. Agir dans les premières heures ne garantit pas de tout récupérer, mais cela améliore nettement vos chances et renforce votre dossier.






