Votre téléphone vibre : « Votre colis est bloqué, réglez 1,99 € de frais pour le faire livrer ». Vous attendez peut-être un paquet, ou pas du tout. C’est exactement ce que cherche l’escroc : vous faire réagir avant de réfléchir.
Cette arnaque à la livraison est l’une des formes d’hameçonnage les plus répandues. Le principe est toujours le même : un faux SMS ou un faux e-mail, un transporteur ou la douane en guise de costume, puis un lien qui mène vers un faux site. Voici comment la repérer, la vérifier et réagir, y compris si vous avez déjà cliqué.
Comment reconnaître un faux SMS ou e-mail de livraison ?
Un message de ce type trahit presque toujours les mêmes signaux. Le plus fiable reste l’urgence : « sous 24 heures », « dernier rappel », « colis retourné à l’expéditeur ». L’objectif est de court-circuiter votre vigilance, car un vrai transporteur ne vous met pas un couteau sous la gorge pour quelques centimes.
Deuxième réflexe, regardez l’expéditeur. Un SMS venu d’un numéro 06 ou 07 pour un prétendu service de livraison doit vous mettre la puce à l’oreille. Pour un faux e-mail, l’adresse d’envoi est souvent étrange, avec des lettres en trop ou un domaine sans rapport avec le transporteur.
Troisième indice, le contenu lui-même. Le message ne donne aucun numéro de suivi précis, ne mentionne ni votre nom ni l’expéditeur, et vous demande de cliquer sur un lien pour « reprogrammer la livraison » ou régler de prétendus frais de douane. Le montant demandé est volontairement faible : on ne s’alarme pas pour 1,50 €, et c’est justement là que se cachent vos coordonnées bancaires.
Enfin, posez-vous la question simple : attendez-vous vraiment un colis ? Si le vôtre a réellement disparu, sachez comment réclamer un colis perdu ou abîmé. Les escrocs envoient ces messages en masse et comptent sur la coïncidence avec un achat récent.
Vrai message ou faux message : le comparatif
| Élément | Message authentique | Message frauduleux |
|---|---|---|
| Expéditeur | Nom de l’enseigne ou numéro court cohérent | Numéro 06 ou 07, adresse e-mail bizarre |
| Informations | Numéro de suivi, nom du vendeur, date prévue | Texte vague, « votre colis », aucun détail |
| Ton | Informatif, sans pression | Urgence, menace de retour ou de pénalités |
| Lien | Adresse du site exacte du transporteur | Lien raccourci ou orthographe modifiée |
| Paiement | Rarement demandé par message | Petit montant à régler tout de suite par carte |
Comment vérifier qu’une demande de paiement est réelle ?

Des frais de douane existent bel et bien, notamment pour des achats effectués hors de l’Union européenne. Mais ils se règlent sur le site officiel du transporteur ou de l’administration, que vous ouvrez vous-même, jamais via un lien reçu dans un message qui vous presse.
La méthode est la même dans tous les cas. Ouvrez votre navigateur, tapez vous-même l’adresse du transporteur, puis saisissez le numéro de suivi indiqué dans votre e-mail de confirmation de commande. Si le colis existe et qu’un règlement est dû, l’information apparaîtra à cet endroit.
Vérifiez aussi l’adresse du site, lettre par lettre. Les escrocs misent sur des noms proches de l’original, avec un tiret en plus, un mot ajouté ou une extension inhabituelle. Si vous n’avez aucun numéro de suivi, aucune commande en cours ou si le montant demandé vous paraît étrange, c’est déjà une réponse.
Les 3 réflexes qui coupent court à l’arnaque
Ne cliquez pas sur le lien. Vérifiez le colis directement sur le site officiel avec votre numéro de suivi. Ne payez jamais de frais via un lien reçu par SMS ou par e-mail.
Que faire si vous recevez un faux message ?
Ne répondez pas, même par « STOP ». Une réponse confirme que votre numéro est actif et vous expose à de nouvelles tentatives. Ne cliquez sur aucun lien et n’ouvrez aucune pièce jointe.
Ensuite, signalez le message. Pour un SMS, vous pouvez le transférer au 33700, le service dédié aux messages et appels indésirables. Pour un e-mail, utilisez le bouton de signalement de votre messagerie. Vous pouvez aussi alerter la plateforme Cybermalveillance, qui recense ces campagnes et aide à les faire fermer.
Une fois le signalement fait, supprimez le message. Si votre téléphone permet de bloquer l’expéditeur, faites-le, même si les escrocs changent vite de numéro.
Que faire si vous avez cliqué, payé ou donné vos coordonnées bancaires ?
Gardez votre calme, mais agissez dans l’heure. Plus vous attendez, plus le risque de débits frauduleux augmente.
- Si vous avez saisi les données de votre carte bancaire, appelez votre banque et faites opposition sans attendre. Le service d’opposition est joignable à toute heure.
- Contrôlez vos derniers mouvements et contestez toute opération que vous ne reconnaissez pas. Les paiements non autorisés sont en principe remboursables si vous réagissez vite.
- Si vous avez saisi un mot de passe, changez-le immédiatement, ainsi que partout où vous l’utilisez.
- Conservez les preuves : captures d’écran du message, du site, de l’heure de saisie.
- Déposez plainte ou signalez les faits sur la plateforme 17Cyber, et sur le site de signalement du gouvernement pour les contenus illicites.
Méfiez-vous du faux conseiller qui rappelle
Après un clic ou une saisie, il arrive que l’on reçoive un appel d’un prétendu conseiller bancaire. Il connaît parfois votre nom et même un bout de votre numéro de carte, ce qui paraît crédible. Son but est de vous faire valider des opérations ou installer une application « de sécurité ».
Un vrai conseiller ne vous demandera jamais votre code reçu par SMS, ni de valider une opération dans votre application pour « annuler » un paiement. Raccrochez, puis rappelez votre banque en composant vous-même le numéro figurant sur votre carte ou sur votre espace client.
Idée reçue : « C’est juste 1,99 €, ce n’est pas grave »
Le montant n’est pas le but. Ce petit paiement sert à récupérer votre numéro de carte, sa date d’expiration et le cryptogramme, puis à les utiliser pour des débits bien supérieurs.
Ce qu’il faut garder en tête

Un transporteur ou la douane ne vous harcèle pas pour quelques euros, et ne vous demande pas de régler en urgence par un lien envoyé depuis un numéro mobile. Dès qu’un message mêle colis bloqué, pression et demande de paiement, vous avez affaire à une escroquerie jusqu’à preuve du contraire.
En cas de doute, prenez trente secondes : ouvrez le site du transporteur de vous-même, vérifiez votre numéro de suivi, et laissez le message de côté. Ces trente secondes coûtent bien moins cher que les semaines passées à rattraper une fraude bancaire.







