Une carte cadeau oubliée au fond d’un portefeuille, c’est de l’argent déjà versé à l’enseigne. Quand le mot « tribunal » surgit dans l’actualité, la question tombe d’un coup : que vaut encore ce solde ? Selon une information du quotidien régional Sud Ouest, Gifi serait en cessation de paiements. Voici ce qui est annoncé, ce qui ne l’est pas, et ce que vous pouvez faire dès maintenant.
Cessation de paiements : ce qui est annoncé, ce qui ne l’est pas
D’après Sud Ouest, le discounter basé à Villeneuve-sur-Lot s’apprêterait à demander la protection judiciaire du tribunal de commerce de Toulouse. Les mandataires auraient déjà été avisés. À la date de publication de l’information, le 18 octobre, l’enseigne n’avait rien confirmé publiquement.
Le quotidien ajoute que la situation serait présentée aux salariés lors d’un comité d’entreprise extraordinaire, le mardi 20 octobre. Il serait présidé par Patrick Puy, nommé président du directoire le 12 octobre, soit le 4e dirigeant en moins de deux ans. Le fondateur, Philippe Ginestet, détiendrait environ 60 % des parts.
Un point mérite d’être posé tout de suite : une cessation de paiements n’est pas une fermeture de magasin. Elle désigne l’état d’un débiteur qui ne peut plus payer ce qu’il doit avec ce dont il dispose. Aucune fermeture n’a été annoncée, et c’est un tribunal, pas un article de presse, qui décide d’ouvrir une procédure collective.
Carte cadeau Gifi : une créance, pas forcément une carte perdue
Tout ce qui suit ne vaudrait que si le tribunal de commerce ouvrait une procédure, ce qui n’était pas le cas à la date des informations disponibles. Sauvegarde ou redressement judiciaire, l’objectif est de poursuivre l’activité. Les magasins ouverts le restent pendant le déroulement de la procédure.
Dans cette hypothèse, une carte cadeau ou un bon d’achat non utilisé deviendrait une créance antérieure. L’enseigne resterait redevable du solde, mais son remboursement serait gelé. Elle pourrait choisir de continuer à accepter les cartes, rien ne l’y oblige. Vous ne pourriez donc compter ni sur un remboursement, ni sur la certitude de dépenser votre solde en caisse au lendemain du jugement.
Pour connaître le solde de votre carte, le plus sûr est de passer par la FAQ officielle de Gifi ou par un magasin. Inutile de chercher des méthodes de consultation invérifiables ailleurs.
Déclarer sa carte cadeau : le délai de 2 mois

Si une procédure s’ouvrait, le détenteur d’une carte devrait déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire. Le délai est de 2 mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au BODACC, comme le prévoit l’article R. 622-24 du Code de commerce. Le nom du mandataire figure dans cette publication, selon le site du service public de la justice.
Le compte à rebours démarre à la publication, pas avant. Les mandataires préviennent les créanciers connus après le jugement, mais un porteur de carte cadeau est rarement identifié nommément. Attendre un courrier serait un mauvais pari.
| Étape | Ce qui se passe |
|---|---|
| Aujourd’hui | Information non confirmée par Gifi, aucune procédure ouverte |
| Jugement d’ouverture | Le tribunal ouvre une sauvegarde ou un redressement, s’il décide de le faire |
| Publication au BODACC | Départ des 2 mois pour la déclaration de créance |
| Délai dépassé | Créance éteinte, sauf relevé de forclusion demandé dans les 6 mois |
Passé le délai de 2 mois, la créance est éteinte. Le relevé de forclusion peut être sollicité dans les 6 mois, mais cette seconde chance n’a rien d’automatique. Mieux vaut ne pas compter dessus.
Le seul compte à rebours qui compte : celui du BODACC
Aucun délai ne court tant qu’un tribunal n’a pas ouvert de procédure. Les 2 mois partent de la publication du jugement, pas de la date d’un article de presse ni d’un communiqué.
Commandes en ligne payées : une logique différente
Une commande en ligne payée mais non livrée ne suit pas la même mécanique qu’une carte cadeau, et le remboursement d’un colis perdu ou abîmé se réclame d’abord au vendeur. Son sort dépend de la décision de l’administrateur de poursuivre ou non le contrat. Un luminaire ou un meuble de jardin réglé sur le site pourrait donc être livré, ou ne pas l’être.
Dans les deux cas, ce sont les justificatifs qui font la différence. Le mandataire attend une preuve d’achat avec la déclaration, pas un vague souvenir de passage en caisse.
Que faire dès maintenant, sans céder à la panique

Tant qu’aucune procédure n’est ouverte, le réflexe le plus logique est d’utiliser votre carte cadeau ou votre bon d’achat en magasin plutôt que d’attendre Noël. Un solde dépensé n’est plus une créance, c’est un objet posé sur l’étagère. Et rappelons-le, aucune fermeture de magasin n’a été annoncée.
Dépenser son solde ne veut pas dire acheter n’importe quoi. Une liste de besoins réels (rideaux, ampoules, linge de maison) évite que la prudence ne tourne à l’achat impulsif.
Dans tous les cas, gardez de quoi prouver votre achat :
- le ticket de caisse ou le reçu de la carte cadeau ;
- le numéro de la carte et une photo de son recto et de son verso ;
- la confirmation de commande et la preuve de paiement pour les achats en ligne.
Trois repères sont à suivre. Le premier est le comité d’entreprise extraordinaire du mardi 20 octobre, le deuxième une éventuelle prise de parole de Gifi. Le troisième, la publication au BODACC, n’interviendrait que si le tribunal ouvrait une procédure. Vérifiez votre solde sans attendre, mais sans affolement : à ce stade, rien n’est confirmé.







