Une offre à 0,19 € le kWh a l’air plus avantageuse qu’une offre à 0,205 €. Pourtant, sur une année complète, c’est parfois la seconde qui coûte le moins cher. Le prix du kilowattheure n’est qu’un morceau de la facture, et les fournisseurs le savent très bien.
Voici la méthode pour comparer deux offres sur leur coût réel, avec vos propres chiffres et un exemple détaillé.
Calculer le coût annuel réel, pas le prix du kWh
La formule tient en une ligne : coût annuel = (abonnement mensuel × 12) + (consommation annuelle en kWh × prix du kWh TTC). Elle s’applique à chaque offre, avec exactement les mêmes données de départ.
Pour la remplir, rassemblez quatre informations avant de regarder le moindre comparateur d’offres :
- votre consommation annuelle en kWh, lue sur votre dernière facture d’électricité ou dans votre espace client ;
- votre puissance souscrite (6 kVA, 9 kVA…), qui détermine le prix de l’abonnement ;
- votre option tarifaire actuelle : Base ou heures pleines / heures creuses ;
- le prix du kWh TTC et l’abonnement mensuel TTC de chaque offre.
Gardez la même consommation pour les deux offres. C’est ce qui rend la comparaison honnête : vous ne comparez pas des promesses, mais ce que chaque contrat vous coûterait avec vos habitudes actuelles.
Un exemple chiffré sur une facture type
Prenons un foyer qui consomme 4 500 kWh par an, avec l’option Base et la même puissance souscrite. Les deux offres ci-dessous sont fictives, mais les écarts sont réalistes.
| Poste | Offre A | Offre B |
|---|---|---|
| Prix du kWh TTC | 0,190 € | 0,205 € |
| Abonnement mensuel TTC | 21,50 € (258 € par an) | 14,00 € (168 € par an) |
| Consommation : 4 500 kWh | 855,00 € | 922,50 € |
| Coût annuel | 1 113,00 € | 1 090,50 € |
L’offre A affiche le kWh le moins cher, mais son abonnement plus élevé efface l’avantage. Au final, l’offre B revient à 22,50 € de moins par an. Plus votre consommation est faible, plus l’abonnement pèse dans le résultat.
Vérifier que les deux prix sont TTC et comparables
Certains fournisseurs affichent des prix hors taxes, d’autres toutes taxes comprises. Mettre un prix HT face à un prix TTC fausse tout. Avant de calculer, vérifiez que les deux montants incluent bien la TVA et les taxes.
Le prix final d’une facture se compose de trois blocs : la fourniture d’énergie, l’acheminement (le TURPE, tarif d’utilisation des réseaux, identique chez tous les fournisseurs) et les taxes (accise sur l’électricité, CTA, TVA). Seule la part fourniture est réellement négociée par le fournisseur. Les offres se distinguent donc sur une portion de la facture plus réduite qu’on ne l’imagine, ce qui explique que les écarts annuels restent souvent modestes.
Si vous êtes en heures pleines / heures creuses, comparez à profil égal, en tenant compte des nouveaux créneaux des heures creuses EDF. Il faut appliquer chaque tarif à la part de consommation correspondante : un prix d’heures creuses alléchant ne sert à rien si vous consommez surtout en journée.
Le test des 22,50 € : et si l’écart tenait à l’abonnement ?
Avant de vous focaliser sur le kWh, calculez la différence d’abonnement sur douze mois. Si elle dépasse l’économie réalisée sur la consommation, l’offre au kWh le plus bas est en réalité la plus chère.
Repérer les remises temporaires et les clauses d’indexation

Une remise promotionnelle ou un bonus de bienvenue change le calcul de la première année, pas celui des suivantes. Reprenons l’exemple : si l’offre A offre 50 € de bonus de bienvenue, son coût sur 12 mois tombe à 1 063 €, soit 27,50 € de moins que l’offre B. Dès la deuxième année, sans le bonus, elle redevient plus chère de 22,50 €.
Lisez donc les conditions : durée de la remise, montant exact, éventuel engagement associé. Une remise de 10 % valable trois mois pèse très peu sur une facture annuelle, même si elle fait un beau titre de publicité.
Regardez aussi si le tarif est un prix fixe ou un prix variable. Avec un prix fixe, le prix du kWh hors taxes réglementées est bloqué pour la durée annoncée. Avec un prix variable, l’indexation sur le marché ou sur le tarif réglementé peut le faire monter (ou baisser) en cours de contrat. Une offre « moins chère de 5 % que le tarif réglementé » reste d’ailleurs variable : si ce tarif augmente, votre prix suit.
Frais, durée d’engagement et conditions de sortie
Le changement de fournisseur est gratuit : c’est le nouveau fournisseur qui s’occupe de résilier l’ancien contrat, sans coupure d’électricité. Beaucoup d’offres n’ont aucune durée d’engagement, mais certaines offres à prix fixe en prévoient une, parfois avec des frais de résiliation en cas de départ anticipé. Vérifiez cette ligne dans les conditions générales avant de signer.
Relevez aussi les frais annexes : mise en service, facture papier, paiement par chèque ou prélèvement. Quelques euros par an suffisent à inverser un classement serré. Et en cas de litige sur une facture ou un changement de contrat, le Médiateur national de l’énergie peut être saisi gratuitement.
Comparer avec le tarif réglementé avant de signer
Le tarif réglementé de vente (TRVE), fixé chaque année sur proposition de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et proposé par le fournisseur historique, sert de point de repère. Calculez son coût annuel avec la même formule et la même consommation : c’est votre référence de départ.
Une offre de marché ne vaut le détour que si elle fait mieux sur douze mois, sans conditions cachées et avec des garanties qui vous conviennent (prix fixe, absence d’engagement). Si l’économie dépasse à peine quelques euros, le confort d’un tarif encadré et stable peut peser davantage que le gain.
Le réflexe à garder en tête

Face à deux offres, ne posez jamais la question « laquelle a le kWh le moins cher ? ». Demandez-vous plutôt : combien vais-je payer sur une année, avec ma consommation, toutes taxes comprises, et que se passe-t-il quand la remise s’arrête ? Dix minutes de calcul avec votre dernière facture suffisent pour éviter l’erreur et choisir l’offre qui coûte le moins sur la durée.







