Une carrière complète d’un côté, des années au foyer ou à temps partiel de l’autre. À la retraite, le couple vit sur une seule pension, et la question finit toujours par tomber : que reste-t-il pour celui ou celle qui n’a rien cotisé ? La réponse dépend de ce que vous cherchez à savoir : le présent du couple, ou ce qui se passera après un décès.
Le cas de Maria : 600 € de pension du mari, près de 1 400 € au total
Maria, 79 ans, résume sa situation sans détour : « Je ne touche pas de pension ». Avec son mari, elle vit en Espagne grâce à la retraite de ce dernier, environ 600 € par mois. Sur le papier, le tableau est sombre.
Dans les faits, le couple s’en sort. Après près de vingt ans en Belgique (elle vendeuse, lui peintre automobile), tous deux perçoivent environ 800 € de pension belge en plus. Le revenu monte à près de 1 400 €. Ils sont aussi propriétaires de leur logement, sans crédit, donc sans loyer. « Grâce à la pension belge, nous nous en sortons bien », assure-t-elle.
Ce témoignage est un cas illustratif, propre à l’Espagne et à la Belgique. Il ne dit rien des règles françaises. Il rappelle surtout deux choses : les cotisations passées à l’étranger peuvent compter, et l’absence de loyer pèse lourd dans un budget de retraités.
Ce que touche un conjoint sans pension propre : la pension de réversion
En France, tant que les deux membres du couple sont vivants, le conjoint sans pension n’a aucun droit direct à la retraite de l’autre. Le ménage vit sur une seule pension. Le niveau de vie du couple repose donc sur ce revenu unique, éventuellement complété par une aide.
La protection principale arrive au décès : c’est la pension de réversion. Le conjoint survivant perçoit une partie de la retraite que touchait (ou aurait touchée) le défunt. Dans le régime général, le taux de réversion est de 54 % de la retraite de base. La retraite complémentaire, comme l’Agirc-Arrco, fonctionne avec ses propres règles et son propre taux.
Exemple chiffré : 1 000 € de retraite de base, 540 € de réversion
Imaginons un mari qui touchait 1 000 € de retraite de base au régime général. Sa veuve, sans pension propre et sous le plafond de ressources, recevrait 54 % de ce montant, soit 540 €. S’y ajoute une part de la retraite complémentaire du défunt. Le total reste donc nettement inférieur au revenu du couple de son vivant, d’où l’intérêt de regarder les autres aides.
Le piège est là : la réversion ne remplace jamais l’ancien revenu du ménage. Elle compense en partie la disparition d’une pension, alors que les charges du logement, elles, restent les mêmes.
Les conditions à vérifier : âge, mariage, ressources et régime du défunt

Tout le monde n’y a pas droit. Dans le régime général, plusieurs critères se cumulent, et c’est souvent le dernier qui coince.
- Avoir été marié avec le défunt : le PACS et le concubinage n’ouvrent pas de droit à réversion.
- Avoir au moins l’âge de 55 ans au moment de la demande.
- Rester sous le plafond de ressources annuel, qui prend en compte vos revenus propres, pas ceux du défunt.
Le régime d’affiliation du défunt change la donne. Au régime de la fonction publique, les règles d’âge et de ressources ne sont pas les mêmes qu’au régime général. Pour un ancien indépendant, la réversion de base suit en général le régime général, mais d’éventuels droits complémentaires dépendent de sa caisse. Pour connaître le plafond en vigueur, le plus sûr est de vérifier le barème à jour auprès de l’Assurance retraite avant de déposer une demande.
Un réflexe utile : demander le relevé de situation individuelle du conjoint qui n’a pas ou peu cotisé. Des trimestres liés aux enfants ou à des périodes d’activité oubliées peuvent ouvrir une petite pension propre, que l’on croyait inexistante : voir comment prouver des années de travail que la caisse ne retrouve pas. Ce montant compte pour le plafond de ressources, mais il reste souvent plus intéressant de le toucher que de l’ignorer.
Quand la réversion ne suffit pas : ASPA, logement et autres aides
Si les revenus du foyer restent très bas, l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), aussi appelée minimum vieillesse, peut compléter la pension. Elle existe pour une personne seule comme pour un couple. Son montant dépend de l’ensemble des ressources, ce qui inclut une éventuelle réversion.
Le logement joue un rôle central, exactement comme pour Maria. Un propriétaire sans crédit n’a pas de loyer à régler, ce qui allège le budget de plusieurs centaines d’euros par mois. À l’inverse, un locataire avec une réversion modeste peut basculer rapidement sous le seuil de confort, comme le montre ce cas de loyer élevé pour une petite retraite, et l’aide au logement devient alors à examiner. Des recours sur la succession peuvent exister pour certaines aides de solidarité : mieux vaut se renseigner avant de les demander.
Divorce, remariage, pension étrangère : les cas qui changent le montant
Après un divorce, l’ex-conjoint peut rester bénéficiaire de la réversion. Quand le défunt s’est remarié, la pension est partagée entre les ex-époux et le conjoint survivant au prorata de la durée de chaque mariage. Un mariage de trente ans pèse donc davantage qu’une union de quelques années.
Le remariage ne supprime plus, en règle générale, la réversion du régime général. Un nouveau mariage n’est donc plus un frein automatique, mais il faut vérifier la règle propre à chaque régime, notamment pour les caisses complémentaires et pour la fonction publique.
Reste le cas d’un parcours à l’étranger. Une pension étrangère obtenue par ses propres cotisations (comme celle de Maria et de son mari en Belgique) est versée en vertu des règles du pays concerné et des accords bilatéraux de sécurité sociale, ou de la coordination européenne. Pour un couple qui a vécu dans plusieurs pays, une demande de retraite est à déposer dans chacun d’eux, et il en va de même pour une réversion.
Comment faire la demande

La réversion n’est jamais versée automatiquement. Il faut la demander, avec l’acte de mariage, l’acte de décès et des justificatifs de ressources. Une démarche unique en ligne permet de saisir les différents régimes du défunt en une seule fois, ce qui évite d’oublier la complémentaire. Plus la demande est déposée tôt, plus vite les droits courent, car l’effet rétroactif est limité.
En résumé, le conjoint sans pension propre ne touche rien tant que l’autre vit, puis hérite d’une partie seulement de sa retraite, sous conditions. Entre les deux, le logement, les aides de solidarité et d’éventuels droits oubliés font toute la différence.







