Santé

Elle gagnait 120 000 euros par an et peine à payer son loyer avec sa pension de retraite

Femme agee assise devant pile de factures et calculatrice

Près de 100 000 livres sterling par an, soit environ 120 000 euros. C’est ce que gagnait Norman Phillips en dirigeant des chantiers de construction au Royaume-Uni. À 72 ans, cet ancien chef de projet doit pourtant surveiller son budget presque tous les jours pour régler son loyer. Son témoignage, recueilli en mars 2024, montre qu’un très bon salaire ne protège pas d’une fin de carrière fragile.

Notez un détail : le mot-clé évoque une femme, mais ce récit est celui d’un homme. Son épouse, Ros, est au cœur de l’histoire, car c’est elle qui a fait basculer leur équilibre financier.

Trois mécanismes qui expliquent le basculement

Une retraite anticipée qui réduit fortement la pension, des soins qui absorbent l’épargne, puis des dettes qui obligent à vendre le logement. Une fois locataire, le loyer pèse sur une pension qui n’a pas été pensée pour le supporter. Les pistes pour s’en sortir (aides, parc social, solutions alternatives) sont détaillées en fin d’article.

Un salaire de cadre, puis une retraite anticipée qui fait tout basculer

Norman aimait son métier et voir ses chantiers sortir de terre. Mais dans les années 1990, son épouse apprend qu’elle souffre d’une sclérose en plaques. À trois reprises, les médecins lui ont annoncé qu’elle pouvait mourir. Il a continué à travailler tout en étant son principal aidant, puis un accident de voiture et un cancer l’ont frappé à leur tour.

Guéri, il a dû s’arrêter à 57 ans, en 2009. Cette retraite anticipée avant 62 ans a coûté très cher. Son régime professionnel à prestations définies lui verse 1 600 livres par mois (environ 1 900 euros), auxquels s’ajoute sa pension publique. S’il avait tenu jusqu’à 66 ans, ce régime lui aurait rapporté quelque 5 416 livres mensuelles, soit environ 6 430 euros.

L’écart est énorme : sa pension de retraite représente à peine le tiers de ce qu’il aurait touché en allant au bout, à comparer avec la pension de retraite moyenne en 2026. Un cadre bien payé n’est donc pas à l’abri, parce que la pension dépend des années cotisées, pas du dernier salaire.

Soins, prêts et dettes : pourquoi un bon revenu ne protège pas

Ros souffre aussi de démence, et les soins ont continué à engloutir les ressources du couple. Leurs revenus dépassaient de peu les plafonds des aides. Un léger dépassement, et aucun soutien : c’est un piège classique des seuils de ressources.

Pour financer les soins, Norman a placé une hypothèque sur leur maison, avant de peiner à renégocier son prêt. Il regrette aussi l’achat d’une voiture coûteuse, décidé à une période où il pensait perdre sa femme. « J’ai fait des choix stupides à cette époque », reconnaît-il.

Les dettes se sont accumulées jusqu’à forcer la vente du logement. Le couple s’est alors retrouvé locataire d’un bungalow dans le nord du Hertfordshire. Passer de propriétaire à locataire à la retraite, c’est ajouter une charge fixe que la pension n’avait pas prévue.

Quand le loyer étrangle un budget déjà incompressible

Couple examinant un courrier sur une table de cuisine

En avril 2024, leur loyer devait passer de 590 livres (700 euros) à 653 livres par mois (775 euros). La hausse paraît modeste. Mais elle tombe en pleine inflation, alors que les courses et l’énergie coûtaient déjà plus cher.

C’est ce que les spécialistes appellent le taux d’effort : la part des revenus avalée par le logement (budget logement des ménages modestes). Quand il grimpe, il reste peu pour se nourrir et se chauffer. Or Norman ne peut rien rogner là-dessus. « Nous ne pouvons pas nous permettre de réduire les dépenses de chauffage ou de nourriture. Ma femme malade a besoin d’être au chaud et de manger », explique-t-il.

Il coupe donc ailleurs, sur des plaisirs modestes comme son abonnement à la télévision. « De toute façon, je suis le seul à regarder la télé. Je peux m’en passer », glisse-t-il. Quand une personne dépendante vit à domicile, certaines dépenses ne se reportent pas.

Un phénomène qui touche de plus en plus de locataires âgés

Son cas n’a rien d’isolé. Selon le Centre for Ageing Better, le nombre de locataires de plus de 50 ans en Grande-Bretagne a doublé entre 2001 et 2021, passant d’environ un à deux millions. Et l’association Independent Age relève que près de deux locataires âgés du parc privé sur cinq vivent en situation de pauvreté relative une fois le loyer payé.

La raison est structurelle. Les pensions supposent souvent une retraite sans loyer à régler. Dès qu’un locataire âgé doit payer un bailleur chaque mois, le calcul ne tient plus. Ces chiffres sont britanniques, mais la mécanique est la même en France : un loyer qui suit l’inflation face à une pension qui progresse plus lentement.

Comment Norman s’en sort : retravailler et chiffrer chaque dépense

Norman refuse de rester sans activité. Il conduit des enfants en situation de handicap entre leur domicile et l’école. « Je peux soit me serrer la ceinture au maximum, ce qui ne vous laisse aucune vie, soit travailler », résume-t-il. Sans dettes désormais, il cherche un emploi à temps partiel pour gagner jusqu’à 12 000 livres de plus par an (environ 14 200 euros).

Il a aussi demandé conseil à Age UK, une association d’aide aux seniors, et il confie : « Je travaille sur notre budget presque tous les jours ». Son objectif reste clair : « que mes prochaines années soient meilleures qu’avant le Covid et la crise du coût de la vie ».

Que faire quand la pension ne couvre plus le loyer : aides, parc social et autres leviers

Une personne agee compte ses factures et une calculatrice

En France, plusieurs pistes existent pour un locataire âgé dont le budget craque. Mieux vaut les explorer avant d’accumuler des impayés.

  • Les aides au logement : l’APL dépend des ressources et du montant du loyer. Une demande ou une mise à jour auprès de la CAF ou de la MSA peut changer la donne, surtout après une baisse de revenus à la retraite.
  • Le parc social : une demande de logement social, déposée tôt, peut ramener le loyer à un niveau compatible avec la pension.
  • Le logement-foyer et la résidence autonomie : ces structures regroupent loyer, services et vie collective pour les seniors autonomes, avec parfois des aides à la clé.
  • La cohabitation intergénérationnelle : héberger un jeune ou partager un logement réduit le loyer et rompt l’isolement.
  • Le viager, pour les propriétaires : il apporte un revenu complémentaire sans quitter les lieux.

L’erreur de Norman à ne pas reproduire

Emprunter sur sa maison sans plan de remboursement, puis perdre la possibilité de renégocier. Avant tout prêt ou toute vente du logement, demandez un avis à un travailleur social, au CCAS de votre commune ou à une association d’aide aux seniors.

Autre réflexe utile : calculer son reste à vivre une fois le loyer payé, plutôt que de regarder la pension seule. Si le loyer dépasse largement ce que le budget supporte, il vaut mieux bouger tôt que d’attendre l’impayé. Un dépôt de garantie bloqué et un garant difficile à trouver compliquent en effet un déménagement tardif.

Le cas de Norman rappelle qu’un salaire élevé ne garantit pas une retraite sereine. Maladie d’un proche, endettement et vente du logement peuvent effacer des années de bons revenus. Face à un loyer qui monte, la meilleure défense reste d’anticiper, de faire valoir ses droits et de ne pas rester seul avec ses chiffres.

Curieuse de nature, Marlène aime comprendre comment les petites habitudes (sommeil, alimentation, rythme de vie, organisation de la maison) influencent notre équilibre au jour le jour. Elle vérifie ce que disent vraiment les sources fiables, puis l'explique simplement pour que chacun puisse faire ses propres choix.

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