Une pépite du nucléaire tricolore vient de faire son entrée sur la scène boursière, mais pas à Paris. C’est au Nasdaq, à New York, que Newcleo a choisi de lever des fonds. Un choix qui interroge, alors que l’entreprise porte un projet industriel majeur en plein cœur de la France.
Newcleo, start-up franco-italienne spécialisée dans les réacteurs nucléaires de nouvelle génération, a finalisé son introduction en Bourse via une fusion avec une société d’acquisition spécialisée, ou SPAC. L’opération valorise l’entreprise à 2,4 milliards de dollars et lui permet de lever jusqu’à 429 millions de dollars pour financer ses ambitions industrielles.
Newcleo s’introduit au Nasdaq : valorisation et montant levé
Le mécanisme retenu n’est pas une introduction en Bourse classique. Newcleo a opté pour une fusion avec une SPAC, une coquille déjà cotée qui absorbe l’entreprise cible pour lui offrir un accès direct au marché boursier. Ce montage, très prisé aux États-Unis, permet d’aller plus vite qu’une IPO traditionnelle et d’éviter certaines lourdeurs réglementaires.
Grâce à cette opération, Newcleo affiche désormais une valorisation de 2,4 milliards de dollars sur le Nasdaq. La levée de fonds associée, pouvant atteindre 429 millions de dollars, doit servir à accélérer le développement de ses réacteurs et à financer les premières briques de son usine française. C’est une somme conséquente pour une entreprise qui n’a pas encore mis en service son premier réacteur commercial.
Le chiffre qui résume l’opération
2,4 milliards de dollars de valorisation, jusqu’à 429 millions de dollars levés : deux chiffres qui placent Newcleo parmi les start-up nucléaires les mieux financées au monde, sans avoir encore vendu un seul réacteur.
Pourquoi New York plutôt que Paris ou Londres ?
La question mérite d’être posée franchement : pourquoi une entreprise largement ancrée en France et en Italie va-t-elle chercher des capitaux sur le marché américain ? La réponse tient d’abord à la profondeur du marché financier américain, capable d’absorber des levées de fonds massives pour des projets industriels lourds et risqués comme le nucléaire.
Euronext, la Bourse paneuropéenne qui regroupe Paris, Amsterdam ou Bruxelles, reste moins habituée à ce type d’opérations technologiques de rupture. Le Nasdaq, lui, a bâti sa réputation sur le financement d’entreprises à forte intensité capitalistique et à horizon de rentabilité lointain, comme dans la biotech ou l’énergie. Les investisseurs américains sont aussi plus enclins à parier sur des paris technologiques ambitieux, ce qui facilite l’accès au capital pour une société qui n’a pas encore de chiffre d’affaires significatif.
Le mécanisme de la SPAC, très répandu aux États-Unis, a aussi pesé dans la balance. Ce type de fusion reste rare en Europe, où le cadre réglementaire est plus contraignant. En choisissant le Nasdaq, Newcleo s’offre donc à la fois un accès à des capitaux plus abondants et un outil juridique mieux rodé pour boucler rapidement son opération.
Qui est Newcleo : technologies et ambitions

Fondée par Stefano Buono, un physicien italien passé par le CERN, Newcleo développe des réacteurs nucléaires de 4e génération. Sa technologie repose sur un combustible MOX refroidi au plomb liquide, une approche qui permet de recycler les déchets nucléaires existants tout en produisant de l’électricité. C’est cette promesse, réduire les déchets tout en générant de l’énergie décarbonée, qui a séduit une partie des investisseurs.
Le combustible MOX au plomb liquide présente plusieurs avantages techniques : une meilleure sécurité passive, une capacité à fonctionner à des températures élevées sans pression excessive, et surtout la possibilité de consommer du plutonium issu du nucléaire classique. C’est un pari technologique ambitieux, encore jamais déployé à l’échelle commerciale, ce qui explique aussi le niveau de risque associé à cette start-up nucléaire (un risque illustré par ce réacteur isérois à 12 milliards d’euros qui n’a fonctionné que 6,7 % du temps en onze ans).
| Élément | Détail |
|---|---|
| Fondateur | Stefano Buono |
| Technologie | Réacteur de 4e génération, combustible MOX, plomb liquide |
| Valorisation | 2,4 milliards de dollars |
| Montant levé | Jusqu’à 429 millions de dollars |
| Marché de cotation | Nasdaq (New York) |
Les projets industriels en France et à l’international
C’est en France que Newcleo porte son projet le plus emblématique. L’entreprise prévoit la construction d’une usine à Nogent-sur-Seine, dans l’Aube, pour un investissement estimé à 1,8 milliard d’euros. Ce site doit produire le combustible MOX nécessaire au fonctionnement de ses futurs réacteurs, avec la promesse de créer plusieurs centaines d’emplois locaux dans une région déjà familière du nucléaire.
Au-delà de ce projet industriel français, Newcleo multiplie les implantations en Europe et regarde désormais vers les États-Unis. La cotation au Nasdaq n’est pas seulement une opération financière, elle ouvre aussi une porte vers de futurs partenariats industriels et commerciaux sur le sol américain, où l’énergie nucléaire connaît un regain d’intérêt marqué depuis plusieurs années.
Reste que le chemin est encore long avant qu’un premier réacteur Newcleo produise réellement de l’électricité, comme le montrent aussi les deux retards majeurs du chantier de fusion nucléaire d’ITER désormais résorbés. Entre les autorisations réglementaires françaises, italiennes et européennes, et les défis techniques propres à une technologie inédite, l’entreprise devra démontrer que les 429 millions de dollars levés à New York suffiront à transformer la promesse en réalité industrielle.





