Un petit pays d’Europe centrale s’apprête à ravir un titre que la France portait depuis des décennies. Avec la montée en puissance de sa quatrième tranche nucléaire, la Slovaquie va produire jusqu’à 77,5% de son électricité grâce à l’atome. De quoi reléguer l’Hexagone à la deuxième place mondiale.
Le déclencheur de ce basculement porte un nom : Mochovce. Cette centrale, située à une soixantaine de kilomètres de Bratislava, vient de voir sa quatrième tranche entrer en exploitation commerciale. Ce nouveau réacteur nucléaire, d’une puissance installée d’environ 471 mégawatts, change la donne pour tout le mix énergétique slovaque.
La Slovaquie atteint 77,5% d’électricité nucléaire grâce à Mochovce 4
Le chiffre a de quoi impressionner : 77,5% de la production d’électricité slovaque proviendra de sources nucléaires une fois Mochovce 4 pleinement opérationnelle. C’est un bond considérable pour un pays qui comptait déjà parmi les plus dépendants de l’atome en Europe, avec une part avoisinant les 60% ces dernières années.
Cette quatrième tranche s’ajoute aux trois réacteurs déjà en service sur le site, ainsi qu’à ceux de la centrale de Bohunice. Au total, le parc nucléaire slovaque compte désormais cinq réacteurs actifs pour une puissance cumulée qui dépasse les 2 700 mégawatts. Rapportée à la taille du pays (à peine 5,4 millions d’habitants), cette capacité représente un poids énergétique considérable.
Le projet Mochovce n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille, un peu à l’image de ce chantier nucléaire français plombé par des surcoûts et des retards. Lancé sous l’ère soviétique dans les années 1980, le chantier a connu des décennies de retards, de révisions de sûreté et de dépassements budgétaires. La mise en service de la tranche 3 en 2023, puis celle de la tranche 4, marque l’aboutissement d’un projet qui aura traversé trois régimes politiques différents.
Le chiffre qui change tout : 77,5%
C’est la part attendue d’électricité nucléaire dans la production slovaque une fois Mochovce 4 stabilisée à pleine puissance. La France, elle, tourne autour de 65 à 67% depuis plusieurs années, un niveau qui reste élevé mais désormais dépassé.
Le parc nucléaire slovaque : entre dépendance et stratégie
Historiquement, la Slovaquie a hérité de son parc nucléaire de la période communiste, avec un combustible nucléaire et une technologie largement liés à la Russie. Les réacteurs de conception soviétique VVER installés à Bohunice et Mochovce fonctionnent avec de l’uranium enrichi majoritairement fourni par des filières russes, une situation qui pose question depuis le début de la guerre en Ukraine.
Bratislava a engagé des démarches pour diversifier ses sources d’approvisionnement en combustible, notamment via des accords avec des fournisseurs occidentaux. Mais la dépendance technique aux réacteurs de type VVER complique cette diversification à court terme. L’indépendance énergétique reste donc un objectif partiel, même si le pays produit désormais l’essentiel de son électricité sur son propre sol.
Ce choix stratégique n’est pas nouveau. Bratislava a toujours vu dans le nucléaire un levier de sécurité d’approvisionnement, dans un pays sans accès à la mer et peu doté en ressources fossiles. La montée en puissance de Mochovce s’inscrit dans cette logique de long terme, renforcée par les tensions géopolitiques qui ont suivi l’invasion russe de l’Ukraine.
La France, ancienne championne mondiale du nucléaire

Pendant des décennies, la France a incarné le modèle du pays le plus nucléarisé au monde en proportion de sa production d’électricité. Avec 56 réacteurs répartis sur 18 centrales (dont certaines, comme Fessenheim, engagées dans un long chantier de démantèlement nucléaire de plusieurs décennies), l’Hexagone produit chaque année plusieurs centaines de TWh d’origine nucléaire, un volume sans commune mesure avec celui de la Slovaquie.
Mais en pourcentage du mix énergétique, la différence d’échelle joue en défaveur de la France, dont certains projets nucléaires ont connu des trajectoires plus difficiles, comme ce réacteur isérois resté quasiment à l’arrêt pendant onze ans. Le pays diversifie davantage sa production avec l’hydraulique, l’éolien et le solaire, ce qui mécaniquement abaisse la part relative du nucléaire, même si les volumes produits restent considérables. La Slovaquie, plus petite et moins équipée en renouvelables, concentre sa production sur l’atome.
| Pays | Part du nucléaire | Nombre de réacteurs |
|---|---|---|
| Slovaquie | 77,5% | 5 |
| France | 65 à 67% | 56 |
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) suit de près cette évolution du classement mondial. Ce basculement illustre bien la différence entre puissance nucléaire absolue et dépendance relative : la France reste de loin le plus grand producteur nucléaire en volume, mais elle perd son record mondial en pourcentage au profit d’un pays dix fois plus petit.
Les enjeux du nucléaire en Europe centrale
Ce mouvement dépasse le seul cas slovaque. Plusieurs pays d’Europe centrale misent sur le nucléaire pour accélérer leur transition énergétique tout en réduisant leurs émissions de CO2. La Hongrie développe le projet Paks II, la Pologne prépare sa première centrale, et la République tchèque étend ses capacités à Dukovany.
Cette dynamique régionale répond à un double objectif : sortir de la dépendance au gaz et au charbon, tout en limitant l’exposition aux importations russes d’énergie fossile. Le nucléaire, malgré les débats qu’il suscite, apparaît comme une option pour concilier décarbonation et stabilité de l’approvisionnement électrique.
Reste à voir si cette relance du nucléaire en Europe centrale s’accompagnera d’une vraie diversification des sources de combustible. Tant que l’uranium enrichi et la technologie des réacteurs restent liés à des fournisseurs russes, l’indépendance énergétique promise par l’atome garde ses limites. La Slovaquie, en tête du classement mondial, incarne à la fois la promesse et les contradictions de ce pari nucléaire.





