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Pourquoi un océanographe alerte sur le cumul d’El Niño et du réchauffement climatique

Maxime Lambert
Maxime Lambert
octobre 1, 2026 6 min
Chercheur penchee devant ecran affichant graphiques ascendants

Et si les océans ne pouvaient plus jouer les amortisseurs ? C’est le message que font passer plusieurs scientifiques, dont un océanographe, face au retour attendu d’El Niño dans un monde déjà plus chaud. Le phénomène n’a rien de nouveau. Ce qui change, c’est le terrain sur lequel il s’installe.

L’alerte de l’océanographe : pourquoi le cumul des deux effets inquiète

La réponse tient en une phrase : El Niño ajoute de la chaleur à des océans qui en stockent déjà des quantités inédites. D’un côté, un phénomène naturel qui réchauffe temporairement le Pacifique tropical et libère de la chaleur dans l’atmosphère. De l’autre, un réchauffement climatique de fond, lié aux gaz à effet de serre, qui pousse la température océanique vers le haut année après année.

Quand ces deux dynamiques se superposent, on parle de cumul des effets, voire de collision. Le résultat n’est pas une simple addition. Les records de chaleur tombent plus vite, les épisodes extrêmes gagnent en intensité et les êtres vivants marins disposent de moins de marge pour s’adapter.

Le raisonnement de l’océanographe est donc le suivant : sans El Niño, la tendance est déjà préoccupante. Avec lui, on franchit plus souvent des seuils qui mettent les écosystèmes et les populations sous pression.

El Niño : comprendre ce phénomène climatique naturel

El Niño est une anomalie du système océan-atmosphère dans le Pacifique équatorial. En temps normal, les alizés poussent les eaux chaudes de surface vers l’ouest, près de l’Asie et de l’Australie. Lors d’un épisode El Niño, ces vents faiblissent et les eaux chaudes reviennent vers l’est, en direction de l’Amérique du Sud.

Ce déplacement modifie la circulation de l’atmosphère à l’échelle du globe. Il revient environ tous les deux à sept ans et dure généralement entre neuf et douze mois. Son pendant, La Niña, correspond à un refroidissement de ces mêmes eaux et produit souvent des effets inverses.

Phénomène Pacifique tropical Effet sur la température mondiale
El Niño Eaux de surface plus chaudes que la normale Tendance à la hausse
La Niña Eaux de surface plus froides que la normale Tendance à la baisse

Ces deux phases sont parfois surnommées les « enfants terribles » du climat, tant leurs répercussions se font sentir loin de l’océan Pacifique. Elles restent pourtant des variations naturelles, qui se superposent à la trajectoire du réchauffement climatique sans la créer.

Des océans déjà en surchauffe avant l’arrivée d’El Niño

Vapeur thermique montant d'une surface oceanienne tres chaude

C’est le point qui rend l’alerte si sérieuse. Les océans absorbent environ 90 % de l’excès de chaleur produit par les activités humaines. Ils jouent donc le rôle de tampon pour l’atmosphère, mais ce service a un prix : leur température monte, et cette chaleur ne repart pas de sitôt.

Ces dernières années, la surface des océans a enchaîné les records. Le programme européen Copernicus a documenté des températures moyennes de la surface marine autour de 21 °C en 2024, un niveau jamais observé dans ses séries de mesures. Il évoque aussi un réchauffement qui se poursuit à un rythme alarmant. Les premiers signaux de 2026 vont dans le même sens, avec de nouveaux records mensuels de chaleur.

Pourquoi partir de si haut change la donne

Un épisode El Niño intervient sur une base plus chaude qu’il y a trente ans. Un même écart de température, ajouté à ce socle, atteint donc des niveaux qui n’avaient jamais été mesurés auparavant.

Les conséquences sur les écosystèmes marins et le climat

Dans l’eau, le premier effet est le stress thermique. Les coraux blanchissent lorsque la température reste trop élevée trop longtemps, car ils expulsent les algues qui les nourrissent. Les épisodes de blanchissement massif se sont multipliés depuis 2023, et l’agence américaine NOAA estime qu’ils ont touché plus de 80 % des récifs de la planète.

Les poissons et autres organismes marins réagissent eux aussi. Certaines espèces migrent vers des eaux plus froides, d’autres voient leur reproduction perturbée. Au large du Pérou, El Niño réduit historiquement la remontée d’eaux riches en nutriments, ce qui fragilise la pêche, un secteur dont le plan de modernisation de la pêche française tente justement d’anticiper les fragilités. Des vagues de chaleur marines plus longues aggravent encore ces déséquilibres.

Sur terre, les conséquences climatiques dépendent des régions. Le cumul des effets peut alors se traduire par :

  • des sécheresses plus sévères en Asie du Sud-Est, en Australie ou en Afrique australe ;
  • des inondations plus fréquentes sur la côte ouest de l’Amérique du Sud ;
  • une modification de l’activité des ouragans, avec moins de cyclones dans l’Atlantique mais davantage dans le Pacifique ;
  • des pertes agricoles et des tensions sur l’eau dans les zones les plus exposées.

Ces effets ne se produisent pas partout ni à chaque épisode, un constat qui rejoint les limites déjà pointées dans l’impact des zones à faibles émissions sur les ménages modestes. Ils augmentent toutefois en probabilité et en gravité quand l’océan part d’un niveau de chaleur déjà élevé.

Vers une accélération du réchauffement climatique ?

Courbe ascendante graphique donnees oceanographiques avec thermometre

La question agite la communauté scientifique. Plusieurs chercheurs observent que le réchauffement semble s’accélérer, sans que l’on sache encore exactement quelle part revient aux gaz à effet de serre, à la baisse de certains aérosols ou à des variations naturelles. Un océanographe l’exprime ainsi : le réchauffement s’accélère au fil du temps, et El Niño agit comme un amplificateur ponctuel.

Il faut garder en tête qu’El Niño passe, alors que la hausse de fond continue. Quand l’épisode s’achève, les températures peuvent légèrement reculer, mais elles restent plus élevées qu’avant. Chaque cycle repart d’un plancher plus haut, et c’est cela que les experts veulent faire entendre.

Le message de l’océanographe n’est donc pas de craindre El Niño pour lui-même. Il invite à regarder ce qu’il révèle : un océan chauffé en continu, qui a de moins en moins de marge avant de basculer dans des extrêmes durables. Réduire les émissions reste le seul levier capable de ralentir cette trajectoire (une piste explorée par la décentralisation des villes contre le réchauffement climatique), et les prochains mois donneront une mesure concrète de l’ampleur de ce cumul.

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Maxime Lambert
Écrit par

Maxime Lambert

Passionnée par les rouages de la santé et des affaires
Entre santé et entreprise, elle teste tout avant de le partager. Chaque article naît d'une question posée en pratique, puis creusée jusqu'aux détails qui font la différence. Elle documente son expérience sans compromis, cherche à comprendre les rouages plutôt que les apparences.
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