Un décès, pas de testament, un conjoint et des enfants : la question du partage arrive vite, surtout quand le patrimoine est modeste et que chacun veut éviter les malentendus. Bonne nouvelle, la loi a tout prévu. Le Code civil fixe des parts précises, et une seule question change la donne : tous les enfants sont-ils issus du couple ?
Sans testament : la répartition légale entre conjoint et enfants
En l’absence de testament, la succession suit la dévolution légale. Le conjoint survivant hérite aux côtés des enfants, jamais à leur place. Les enfants, eux, sont des héritiers réservataires : ils ne peuvent pas être écartés, et ils se partagent leur part à parts égales, qu’ils soient nés d’un premier ou d’un second lit.
Voici la réponse en deux lignes. Si tous les enfants sont communs au couple, le conjoint choisit entre l’usufruit de la totalité de la succession et le quart en pleine propriété. Si au moins un enfant n’est pas commun, le conjoint reçoit le quart en pleine propriété, sans option, et les trois quarts restants vont aux enfants.
| Situation | Part du conjoint | Part des enfants |
|---|---|---|
| Tous les enfants sont communs | Au choix : usufruit de tout, ou 1/4 en pleine propriété | Nue-propriété de tout, ou 3/4 en pleine propriété |
| Au moins un enfant non commun | 1/4 en pleine propriété | 3/4 en pleine propriété, partagés à parts égales |
Enfants tous communs : le choix du conjoint
Quand le défunt n’a eu des enfants qu’avec son conjoint actuel, la loi laisse la main au survivant. Il peut opter pour l’usufruit de la totalité des biens : il les utilise, les habite, perçoit les loyers, mais ne peut pas les vendre seul. Les enfants deviennent nus-propriétaires et récupèrent la pleine propriété au décès du second parent.
L’autre voie est de prendre le quart en pleine propriété. Le conjoint devient alors propriétaire d’un quart des biens, sans restriction, et les enfants se partagent les trois quarts. Cette option coupe court à toute indivision durable avec les enfants sur la part du survivant.
Le choix ne se fait pas à la légère. L’usufruit protège le niveau de vie du survivant, ce qui compte beaucoup quand l’essentiel du patrimoine est le logement. La pleine propriété donne de la liberté, mais pour un petit héritage, un quart ne représente parfois pas grand-chose. Si le conjoint tarde à se décider, les enfants peuvent le mettre en demeure par l’intermédiaire du notaire : sans réponse sous trois mois, il est réputé avoir choisi l’usufruit.
Enfants non communs : le quart en pleine propriété

Dès qu’un seul enfant du défunt est né d’une autre union, la règle change pour toute la fratrie. Le conjoint n’a plus d’option : il reçoit un quart en pleine propriété, point. Les 3/4 de la succession reviennent aux enfants, communs ou non, à parts strictement égales.
La logique est de protéger les enfants du premier lit, qui risqueraient d’attendre très longtemps leur part si le nouveau conjoint gardait l’usufruit de tout. En contrepartie, le survivant conserve un droit viager au logement qu’il occupait, sous conditions, et peut y rester gratuitement pendant un an après le décès. Un petit détail qui rassure souvent quand la maison est le principal bien.
Exemple chiffré pour un petit héritage
Prenons une succession de 60 000 € nets, avec un conjoint survivant et deux enfants. Ces 60 000 € correspondent à l’actif successoral du défunt, une fois les dettes retirées (le passif successoral : frais d’obsèques, crédits, impôts dus).
Si les enfants sont communs et que le conjoint choisit l’usufruit, il jouit de l’ensemble des 60 000 € sa vie durant, et chaque enfant détient la nue-propriété de la moitié, soit 30 000 € en valeur théorique. S’il choisit le quart, il reçoit 15 000 € en pleine propriété, et chaque enfant touche 22 500 €.
Si l’un des deux enfants n’est pas commun, le résultat est identique à la seconde option : 15 000 € pour le conjoint, 22 500 € pour chaque enfant, sans possibilité de choisir autrement.
Avant de calculer : seule la part du défunt compte
Marié sous le régime de la communauté, le survivant possède déjà la moitié des biens communs. Seule l’autre moitié, plus les biens propres du défunt, entre dans la succession. Un patrimoine commun de 120 000 € donne donc souvent une succession de 60 000 €.
Ce qui peut changer la répartition
Le mariage est la condition de tout ce qui précède. Un partenaire de PACS ou un concubin n’hérite de rien sans testament, quels que soient les enfants présents. Si le couple n’est pas marié, les enfants héritent seuls, ce qui surprend parfois des familles recomposées.
Un testament peut modifier ces équilibres, mais dans une limite : la quotité disponible, à condition de respecter les conditions de forme d’un testament. Avec un enfant, elle représente la moitié du patrimoine, avec deux enfants un tiers, avec trois ou plus un quart. Au-delà, la part revenant aux enfants est intouchable. Une donation entre époux, signée devant notaire, permet aussi d’élargir les droits du survivant, par exemple en lui laissant le choix entre plusieurs formules.
Si un enfant est décédé avant le défunt, ses propres enfants prennent sa place et se partagent sa part. Un enfant qui renonce à la succession est, lui, considéré comme n’ayant jamais existé pour le calcul des parts.
Droits de succession et démarches

Sur un petit héritage, la fiscalité pèse rarement. Le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession, et chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 € sur ce qu’il reçoit d’un parent. Dans l’exemple ci-dessus, personne ne paie d’impôt.
Côté formalités, voici les étapes habituelles :
- Prévenir le notaire, obligatoire dès qu’un bien immobilier figure dans la succession.
- Faire établir l’acte de notoriété, qui liste officiellement les héritiers et leurs droits.
- Pour le conjoint, annoncer son choix d’option lorsque les enfants sont tous communs.
- Procéder au partage et déclarer la succession si la situation l’exige.
Pour un patrimoine très réduit, sans immobilier, une attestation successorale peut suffire pour débloquer un compte bancaire, comme le détaille notre guide sur la succession simple sans notaire. Le notaire reste, dans tous les cas, le bon interlocuteur pour valider les calculs avant de signer quoi que ce soit.







