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Démanteler un réacteur UNGG : comment la France devient pionnière et ouvre un marché

Maxime Lambert
Maxime Lambert
octobre 1, 2026 6 min
Grue soulevant des elements metalliques massifs du reacteur

Un réacteur que personne n’a jamais vraiment démonté en entier, des milliers de tonnes de graphite irradié et un calendrier qui s’accélère. Voilà le chantier qui attend la France avec ses réacteurs de première génération. Ce qui ressemble à un casse-tête devient aussi une occasion : celle de bâtir un savoir-faire exportable.

Démanteler un réacteur UNGG, de quoi parle-t-on exactement ?

Le sigle UNGG signifie Uranium Naturel Graphite Gaz. Ces réacteurs, conçus en France dans les années 1950 et 1960, utilisent de l’uranium naturel comme combustible, du graphite pour ralentir les neutrons et du gaz carbonique pour évacuer la chaleur. Ils n’ont plus rien à voir avec les réacteurs à eau pressurisée qui forment aujourd’hui l’essentiel du parc nucléaire.

Les réacteurs UNGG d’EDF sont à l’arrêt depuis les années 1990 : Chinon A1, A2 et A3, Saint-Laurent A1 et A2, puis Bugey 1. Le combustible a été retiré depuis longtemps. Reste à s’attaquer au cœur, un énorme empilement de graphite enfermé dans un caisson en béton, dont l’irradiation impose de travailler à distance.

En clair, démanteler un réacteur graphite-gaz consiste à évacuer les installations périphériques, puis à démonter pièce par pièce un cœur qui n’a jamais été conçu pour être ouvert. La France sera la première à mener cette opération à cette échelle, d’où le statut de pionnière.

Chinon : le premier chantier de déconstruction d’un cœur UNGG

Le site de Chinon, en Indre-et-Loire, a été choisi par EDF pour ouvrir la marche. Le démantèlement d’un réacteur graphite doit y démarrer autour de 2030, après plusieurs années de préparation, d’études et de validation par l’Autorité de sûreté nucléaire.

Le choix n’a rien d’anodin. Chinon abrite trois réacteurs UNGG de conception voisine. Ce qui sera appris sur le premier servira aux deux suivants, puis aux réacteurs de Saint-Laurent et de Bugey. L’entreprise compte ainsi rentabiliser chaque geste, chaque outil et chaque procédure.

Le graphite, l’obstacle qui ralentit tout le chantier

Sous l’effet de l’irradiation, le graphite s’est chargé en éléments à longue durée de vie, comme le carbone 14 et le chlore 36. Ces déchets radioactifs relèvent de la catégorie « faible activité à vie longue », pour laquelle la filière de stockage définitif reste à finaliser. Sans solution d’évacuation, difficile de tout démonter.

Des défis techniques inédits pour un démantèlement complexe

ingenieurs etudient maquettes reduits et plans techniques

Personne n’a de retour d’expérience complet sur un chantier de cette taille. Les ingénieurs doivent donc inventer leurs méthodes, en s’appuyant sur des essais en laboratoire et sur des maquettes à l’échelle.

Quatre grands sujets concentrent les efforts :

  • l’accès au cœur, protégé par un caisson massif et des structures difficiles à ouvrir ;
  • la robotique et les outils télé-opérés, indispensables pour découper et extraire les blocs de graphite sans exposer les opérateurs ;
  • le tri, la caractérisation et le conditionnement des colis, qui exigent des mesures très fines ;
  • la gestion des flux de déchets radioactifs, avec des pistes de traitement étudiées pour certains matériaux, dont la vitrification.

Ajoutez à cela la sûreté nucléaire, qui impose de démontrer chaque étape avant de la lancer. Le moindre retard de conception se répercute sur le calendrier global, ce qui explique la prudence affichée par l’exploitant.

EDF et Veolia : une alliance stratégique pour créer une filière

EDF ne veut pas faire cavalier seul. L’électricien a multiplié les accords avec des industriels pour structurer une véritable filière industrielle du démantèlement et de la gestion des déchets, en particulier lors du salon World Nuclear Exhibition.

Dans ce dispositif, le partenariat industriel avec Veolia occupe une place à part. Le groupe apporte son expérience de la décontamination, du traitement des effluents et de la gestion de chantiers en milieu nucléaire, notamment à travers sa filiale Veolia Nuclear Solutions. EDF garde la maîtrise d’ouvrage et l’autorité de sûreté, quand ses partenaires fournissent des briques techniques.

D’autres acteurs entrent dans la danse : le CEA, l’Andra pour le stockage, des spécialistes de la robotique et de la mesure, ainsi que des pôles régionaux dédiés à la formation et à la recherche. L’ensemble forme un écosystème que l’État souhaite consolider.

Un nouveau marché à conquérir en France et à l’international

Le marché du démantèlement nucléaire progresse à mesure que les centrales vieillissent. En France, il porte déjà sur plusieurs installations arrêtées, dont les UNGG, mais aussi sur les réacteurs à eau pressurisée qui arriveront un jour en fin de vie. Le savoir-faire acquis aujourd’hui servira donc bien au-delà de Chinon.

À l’export, la fenêtre est ouverte. Le Royaume-Uni possède ses propres réacteurs graphite-gaz de type Magnox, dont la gestion incombe à la Nuclear Decommissioning Authority. L’Espagne compte le réacteur de Vandellòs I, de conception française, et EDF y a déjà décroché un contrat de démantèlement. Ces pays affrontent les mêmes questions : comment ouvrir un cœur en graphite et que faire de ses déchets ?

Si la France réussit son premier chantier, son expertise française deviendra une référence recherchée. Les entreprises engagées pourraient alors proposer leurs technologies de démantèlement à des clients étrangers, un peu comme la France a longtemps exporté son savoir-faire de construction.

Ce qu’il faut retenir pour la suite

Chantier nucleaire stockage equipements outils construction

Le calendrier reste la grande inconnue, comme l’illustrent les retards du chantier nucléaire de Flamanville. Entre les autorisations, la mise au point des outils et la solution de stockage du graphite, les délais peuvent glisser. Le démantèlement du premier réacteur UNGG servira de test grandeur nature, autant pour les équipes d’EDF que pour ses partenaires.

Si l’opération tient ses promesses, la France transformera un héritage encombrant en avantage industriel. Elle aura prouvé qu’on peut déconstruire une technologie disparue, et qu’un pays capable de le faire sait aussi vendre la méthode.

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Maxime Lambert
Écrit par

Maxime Lambert

Passionnée par les rouages de la santé et des affaires
Entre santé et entreprise, elle teste tout avant de le partager. Chaque article naît d'une question posée en pratique, puis creusée jusqu'aux détails qui font la différence. Elle documente son expérience sans compromis, cherche à comprendre les rouages plutôt que les apparences.
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