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La Chine devient le troisième pays capable d’extraire de la roche solide en eaux profondes

Maxime Lambert
Maxime Lambert
octobre 1, 2026 6 min
Bras robotique collectant bloc rocheux du plancher marin

Des roches arrachées au plancher océanique, à plusieurs centaines ou milliers de mètres sous la surface : longtemps, presque personne ne savait le faire. Pékin vient de rejoindre ce cercle très fermé, et la nouvelle dépasse largement le cadre d’un exploit d’ingénieurs. Elle éclaire une course mondiale où chaque avancée technique pèse autant que les discours.

La Chine réussit sa première extraction de roche solide en eaux océaniques profondes

L’annonce marque un changement d’échelle pour l’extraction minière sous-marine. Jusqu’ici, l’essentiel des essais chinois portait sur les nodules polymétalliques, des concrétions meubles posées sur les plaines abyssales, qu’un engin collecteur peut ramasser un peu comme on aspire un sol. La roche solide est une autre affaire : croûtes riches en cobalt collées aux flancs des monts sous-marins, ou amas de sulfures liés aux sources hydrothermales. Il faut la détacher, la fragmenter, puis la remonter depuis les grands fonds marins.

Cette difficulté explique la rareté des réussites. Les machines doivent travailler sous une pression colossale, sur des reliefs accidentés, avec un guidage à distance et un système de remontée capable d’encaisser des charges abrasives. Les détails techniques publiés (profondeur exacte, type de roche, capacités réelles) restent limités. Il vaut donc mieux parler d’une démonstration technologique que d’une production commerciale.

Les deux autres pays maîtrisant cette technologie d’extraction

Le Japon fait figure de pionnier. Son agence publique, la JOGMEC, a mené des essais d’extraction de sulfures au large d’Okinawa en 2017, puis testé la collecte de croûtes riches en cobalt en 2020, vers 1 600 mètres de profondeur. Ces opérations étaient des tests pilotes, pas des exploitations durables, mais elles ont servi de référence au secteur.

Pour le second pays de ce club, les sources divergent selon la définition retenue de l’extraction de roche solide, et les essais industriels restent peu documentés publiquement. Je préfère ne pas l’affirmer sans certitude. Retenez surtout que très peu d’acteurs ont démontré cette capacité, et que la Chine comble vite son retard.

Nodules ou roche : pourquoi la différence compte

Les nodules se ramassent en surface du plancher. Les croûtes et les sulfures doivent être découpés. Réussir le second exercice prouve une maîtrise mécanique bien plus poussée, donc un avantage stratégique réel.

Les enjeux géopolitiques de la course aux ressources sous-marines

Engin extraction collectant cobalt nickel fonds marins profonds

La Chine domine déjà le raffinage mondial de nombreux métaux rares et de minerais stratégiques, comme le cobalt ou le nickel. Maîtriser l’extraction sous-marine lui offrirait une source supplémentaire, hors de ses frontières et hors des mines terrestres de plus en plus contestées. Pour ses concurrents, la perspective d’une dépendance prolongée est un sujet de tension évident.

Les États-Unis ont d’ailleurs relancé leur propre ambition en 2025, avec un décret favorable à l’exploitation des abysses, que certains juristes jugent difficile à concilier avec le droit de la mer. La stratégie géopolitique de Pékin passe, elle, par les instances internationales, où elle détient plusieurs contrats d’exploration. Deux logiques s’affrontent, et la technologie devient l’argument qui départage.

Le soutien massif de l’État chinois à l’industrie minière océanique

Le soutien étatique explique une bonne part de cette progression. Instituts publics, grands groupes miniers et chantiers navals travaillent en réseau, avec des budgets que peu de pays peuvent suivre. La Chine a aussi multiplié les engins de test et les campagnes d’exploration sous-marine dans le Pacifique depuis plus d’une décennie. Cette continuité d’effort, plus que tel ou tel essai isolé, fait sa force.

Quelles ressources minérales sont convoitées dans les grands fonds marins ?

Trois grandes familles attirent les industriels. Les nodules polymétalliques, riches en manganèse, nickel, cuivre et cobalt, se concentrent dans la zone Clarion-Clipperton, entre Hawaï et le Mexique. Les croûtes cobaltifères tapissent les monts sous-marins, et les sulfures massifs se forment autour des cheminées hydrothermales, avec du cuivre, du zinc, de l’or et de l’argent.

Ces ressources minières océaniques intéressent d’abord la transition énergétique. Batteries, éoliennes et réseaux électriques consomment des quantités croissantes de cobalt, de nickel et de cuivre. Reste à savoir si les gisements sous-marins seront réellement rentables face aux mines terrestres et au recyclage, ce qu’aucune exploitation commerciale n’a encore prouvé.

Cadre réglementaire international et défis environnementaux

Dans les eaux internationales, les fonds appartiennent au « patrimoine commun de l’humanité » selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. L’Autorité internationale des fonds marins, basée en Jamaïque, délivre les contrats d’exploration et négocie depuis des années un code minier pour l’exploitation. Ce texte n’est toujours pas adopté, ce qui laisse un flou juridique que les États exploitent chacun à leur façon. Dans les zones économiques exclusives, chaque pays reste maître chez lui.

Côté environnement, les inquiétudes sont vives. Les scientifiques redoutent la destruction d’habitats qui mettent des milliers d’années à se constituer, des panaches de sédiments qui étouffent la faune, et des nuisances sonores. Une grande partie de la biodiversité marine des abysses n’est d’ailleurs pas encore décrite, ce qui rend l’évaluation des dégâts très incertaine. Plusieurs dizaines de pays réclament donc un moratoire ou une pause de précaution.

Ce que cette percée change vraiment

Usine avec machinerie lourde et travailleurs portant casques

Sur le plan technique, la Chine prouve qu’elle peut se mesurer aux pionniers. Sur le plan politique, elle arrive avec une avance industrielle qui pèsera dans les négociations. Sur le plan écologique, le débat reste entier : la capacité d’extraire ne dit rien de l’opportunité de le faire.

Dans les prochaines années, deux questions décideront de la suite : l’adoption d’un cadre réglementaire solide, et la démonstration d’un impact maîtrisé. Sans elles, l’exploitation des abysses risque de rester un pari à haut risque, malgré les avancées spectaculaires.

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Maxime Lambert
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Maxime Lambert

Passionnée par les rouages de la santé et des affaires
Entre santé et entreprise, elle teste tout avant de le partager. Chaque article naît d'une question posée en pratique, puis creusée jusqu'aux détails qui font la différence. Elle documente son expérience sans compromis, cherche à comprendre les rouages plutôt que les apparences.
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