Des rayons pleins, des poubelles qui le sont parfois aussi : le gaspillage alimentaire reste un sujet sensible pour les supermarchés. Cette fois, les enseignes décident de sortir du flou en se dotant d’un outil commun pour compter ce qu’elles jettent, et pour en jeter moins.
L’essentiel en quelques lignes
La FCD (Fédération du Commerce et de la Distribution) et Perifem, l’association qui réunit les acteurs du commerce et de la distribution, sont à l’origine d’un Observatoire du gaspillage alimentaire. Il s’agit du premier outil de ce type porté collectivement par la grande distribution. Son but affiché : mesurer plus finement les pertes alimentaires dans les magasins et accélérer les efforts des enseignes.
Pour vous, consommateur, l’enjeu est concret. Mieux mesurer permet de mieux repérer où part la nourriture (rayon frais, fruits et légumes, boulangerie) et donc d’agir là où c’est le plus efficace.
Mesurer avant d’agir : la logique de l’Observatoire
Impossible de réduire ce que l’on ne quantifie pas. L’Observatoire vise à donner aux distributeurs une base de données partagée, pour comparer les pratiques et suivre les progrès dans le temps.
Les acteurs à l’origine de l’initiative
La FCD représente les grandes enseignes du commerce à dominante alimentaire, du supermarché à l’hypermarché en passant par le drive. Sa présence dans le projet donne du poids à la démarche : ce sont les distributeurs eux-mêmes qui mettent leurs pratiques sur la table, sans attendre qu’on les leur impose.
Perifem apporte de son côté une expertise de terrain sur les magasins et leurs organisations. L’association publie régulièrement des études sur le commerce, dont une récente série consacrée aux technologies en magasin. Ce savoir-faire sert de socle à un travail de collecte de données et d’analyse.
Les objectifs et missions de l’Observatoire

Le premier objectif est de mesurer le gaspillage de manière homogène. Aujourd’hui, chaque enseigne a ses propres méthodes de comptage, ce qui rend les comparaisons difficiles. Un cadre commun doit permettre de parler le même langage, du siège jusqu’au rayon.
Le second objectif consiste à accélérer la lutte anti-gaspillage. Une fois les chiffres consolidés, les distributeurs peuvent identifier les leviers les plus efficaces et partager les bonnes pratiques. Parmi les pistes habituelles dans le secteur, on trouve :
- l’ajustement des commandes pour limiter les invendus ;
- les promotions sur les produits à date courte ;
- le don alimentaire aux associations ;
- la valorisation des produits abîmés mais consommables.
Enfin, l’initiative porte une dimension de transparence. Publier des résultats, c’est accepter d’être jugé sur pièces, par les pouvoirs publics comme par les clients.
Le contexte et les enjeux de cette création
En France, les pertes et gaspillages alimentaires se comptent en millions de tonnes chaque année. L’ADEME évaluait dans son étude de 2016 le total à environ 10 millions de tonnes tout au long de la chaîne, de la production à l’assiette. La distribution n’en représente qu’une part, mais c’est un maillon visible et directement observable par le public.
Le cadre légal s’est aussi durci. La loi Garot de 2016 oblige les grandes surfaces de plus de 400 m² à proposer une convention de don à une association d’aide alimentaire. La loi AGEC de 2020 a ensuite fixé un objectif de réduction de 50 % du gaspillage alimentaire d’ici 2025 par rapport à 2015 pour la distribution et la restauration collective.
Ce que disent les textes : don obligatoire, destruction interdite
Depuis la loi Garot, un supermarché ne peut plus rendre volontairement impropres à la consommation des invendus encore comestibles. Ils doivent être donnés, transformés ou valorisés autrement.
Pourquoi maintenant ?
Plusieurs pressions se conjuguent. Les consommateurs, sensibles à l’alimentation durable et à l’inflation, supportent mal l’idée de produits jetés. Les enseignes doivent aussi rendre des comptes sur leurs engagements RSE, et l’échéance fixée par la loi AGEC est désormais passée : le sujet du bilan est donc sur la table.
Créer un observatoire commun est aussi une manière de reprendre la main sur le récit. Plutôt que de subir des enquêtes extérieures, les distributeurs préfèrent produire leurs propres données, avec le risque assumé de montrer des résultats imparfaits.
Ce que ça peut changer pour vous
À court terme, ne vous attendez pas à un bouleversement dans les rayons. En revanche, à moyen terme, l’Observatoire pourrait déboucher sur des indicateurs publics, des comparaisons entre enseignes et des pratiques plus homogènes, comme les paniers de produits à date courte ou les dons plus systématiques.
Reste une question, que les acteurs devront trancher : jusqu’où iront-ils dans la publication des chiffres ? La crédibilité de l’initiative se jouera là. Un observatoire qui mesure sans rien dévoiler aurait peu d’effet, alors qu’une communication régulière et détaillée pourrait devenir un vrai levier de progrès pour toute la filière.
À suivre de près
Ce premier Observatoire du gaspillage alimentaire n’est pas une solution miracle, mais il marque un changement de posture : la grande distribution accepte de compter, puis de rendre des comptes. Les prochains mois diront si cet engagement se traduit par des chiffres publiés, des objectifs précis et des résultats visibles à la caisse comme en rayon.





