Santé

Roybon : 37,4 millions d’euros pour 990 logements jamais sortis de terre

Maxime Lambert
Maxime Lambert
septembre 26, 2026 6 min
Terrain vague avec pancartes de chantier abandonne sans construction

Dans la forêt de Chambaran, en Isère, une clairière défrichée s’étend depuis plus de dix ans sans qu’aucun bâtiment n’y ait jamais poussé. C’est tout ce qu’il reste du projet Center Parcs de Roybon, censé accueillir 990 cottages sur près de 200 hectares. Treize ans de bataille juridique et militante plus tard, le chantier a été purement et simplement abandonné.

Le projet Center Parcs de Roybon : 990 cottages et 37,4 millions engloutis

Porté par le groupe Pierre & Vacances, ce village de vacances devait devenir le plus grand Center Parcs d’Europe. Le promoteur immobilier prévoyait 990 cottages, une bulle aquatique tropicale et divers équipements de loisirs, sur un terrain forestier de la commune de Roybon, en Isère. L’investissement annoncé dépassait les 300 millions d’euros au total, mais c’est bien la somme de 37,4 millions d’euros d’argent public et privé déjà engagée dans les travaux préparatoires qui a fini par disparaître dans la nature, sans qu’un seul cottage ne sorte de terre.

Le site avait été choisi pour sa proximité avec Lyon et Grenoble, dans une zone rurale en quête de retombées économiques. Les élus locaux y voyaient une manne d’emplois. Les défenseurs de l’environnement y voyaient, eux, une catastrophe annoncée pour les zones humides de la forêt de Chambaran, réservoir de biodiversité abritant plusieurs espèces protégées.

Chronologie d’un échec : oppositions, ZAD et recours juridiques (2007-2020)

Les débuts du projet et premières contestations (2007-2013)

Le projet naît en 2007, porté par la région et le département dans un contexte de désindustrialisation locale. Très vite, des associations environnementales alertent sur la présence de zones humides et d’espèces rares sur le site. Les premières contestations environnementales restent alors relativement discrètes, mais elles posent les bases juridiques d’une opposition qui va s’amplifier années après années.

L’escalade : ZAD, zones humides et blocages (2014-2019)

En 2014, l’affaire prend une tout autre dimension. Une ZAD (zone à défendre) s’installe sur le site, occupée par des militants déterminés à empêcher tout défrichement. Le chantier avait pourtant déjà commencé : des dizaines d’hectares de forêt sont rasés, des routes bétonnées sont construites pour desservir le futur village de vacances. Mais les recours juridiques s’enchaînent devant les tribunaux administratifs, portés par des associations comme France Nature Environnement, qui obtiennent plusieurs annulations d’autorisation préfectorale liées à la destruction des zones humides.

Chaque décision de justice favorable au projet est suivie d’un nouveau recours, chaque autorisation retoquée relance les travaux avant qu’ils ne soient de nouveau stoppés. Les affrontements entre gendarmes et opposants se multiplient sur place, faisant de Roybon un symbole national de la lutte contre les grands projets inutiles, aux côtés de Notre-Dame-des-Landes ou de Sivens, à l’image de ces 65 km de terres achetées sans chantier entre Vendée et Charente-Maritime.

Abandon définitif en juillet 2020

Après treize ans de procédures, Pierre & Vacances jette l’éponge en juillet 2020. Le groupe invoque l’incertitude juridique persistante et le coût devenu insupportable des retards accumulés. L’abandon du projet est officialisé sans qu’aucun cottage n’ait jamais été construit : seuls des travaux préparatoires, du défrichement et des infrastructures routières auront vu le jour sur ce terrain isérois.

Le chiffre qui résume l’échec

37,4 millions d’euros investis, 200 hectares de forêt concernés, 990 logements prévus, zéro construit. Treize années de procédures pour finalement revenir à la case départ, avec une forêt en moins.

Ce qui reste aujourd’hui : une clairière défrichée et des routes fantômes

Clairière vide entourée de forêt dense avec routes bétonnées abandonnées.

Sur place, le paysage garde les traces d’un chantier interrompu. La clairière défrichée en 2014 n’a jamais été rebâtie ni reboisée depuis, offrant un contraste saisissant avec la forêt dense qui l’entoure. Environ 700 mètres de routes bétonnées, construites pour desservir le futur village de vacances, ne mènent nulle part et n’ont jamais accueilli le moindre véhicule de vacancier, un peu comme ces ponts neufs abandonnés en pleine campagne le long du canal Rhin-Rhône.

Ce chantier abandonné est devenu, malgré lui, un lieu de visite pour les curieux et les journalistes venus documenter ce qui reste l’un des exemples les plus frappants de gaspillage public dans un grand projet d’aménagement en France. La nature reprend timidement ses droits sur les bas-côtés, mais le béton, lui, résiste.

Élément Chiffre
Cottages prévus990
Cottages construits0
Somme engloutie37,4 millions d’euros
Durée de la bataille13 ans (2007-2020)
Routes bétonnées inutiliséesenviron 700 mètres

Que sont devenus les millions d’argent public investis ?

Une partie de la somme provenait de fonds publics, via des garanties et des aménagements financés par les collectivités locales isséroises espérant des retombées économiques et touristiques. Cet argent public a servi à financer des études, des expropriations, des travaux de voirie et les premières phases de défrichement, sans jamais générer le moindre emploi pérenne lié à l’exploitation du village de vacances.

Pierre & Vacances, de son côté, a supporté l’essentiel du coût financier direct des travaux stoppés net. Le groupe n’a jamais communiqué de bilan précis sur ses pertes globales, mais l’abandon du projet reste régulièrement cité par les élus locaux comme un exemple des risques pris quand un aménagement d’ampleur dépend d’autorisations juridiques fragiles face à des recours répétés.

Qui doit reboiser et réparer les dégâts environnementaux ?

Terrain defriche avec souches arbres et zones humides degradees.

La question du reboisement de la clairière défrichée reste, des années après l’abandon, largement en suspens. Aucune obligation légale claire n’a contraint le promoteur ou les collectivités à restaurer intégralement l’état boisé du terrain. Les associations environnementales qui ont mené les recours juridiques réclament depuis longtemps une remise en état complète du site, incluant la restauration des zones humides détruites.

Sur le terrain, quelques opérations de renaturation ponctuelles ont eu lieu, portées notamment par des associations locales, mais rien de comparable à l’ampleur du défrichement initial. Les routes bétonnées, elles, demeurent en place faute de budget dédié à leur démolition. Roybon illustre ainsi une réalité peu discutée des grands projets avortés, comme ce quartier fantôme prévu pour un million d’habitants finalement rempli à moitié : l’abandon d’un chantier ne signifie pas automatiquement la réparation des dommages causés à l’environnement, et la forêt rasée met bien plus de temps à repousser que le temps qu’il a fallu pour l’abattre.

Partager cet article
Maxime Lambert
Écrit par

Maxime Lambert

Passionnée par les rouages de la santé et des affaires
Entre santé et entreprise, elle teste tout avant de le partager. Chaque article naît d'une question posée en pratique, puis creusée jusqu'aux détails qui font la différence. Elle documente son expérience sans compromis, cherche à comprendre les rouages plutôt que les apparences.
4,5/5 (17 votes)

A lire aussi

Laisser un commentaire —

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *